Opinions:


Gretchen Kelbaugh

Gretchen Kelbaugh est une scénariste, auteure, journaliste et réalisatrice. Sa biographie “With All Her Might: the Life of Gertrude Harding, Militant Suffragette” est publiée dans trois pays. Son livre de comptines fantaisistes pour enfants, “Lollipopsicles”, a remporté un prix national et deux prix provinciaux.

Gretchen a remporté deux fois la compétition de développement de scénario de Radio-Canada au Festival de Films de l’Atlantique. Un de ses scénario, 106 Fire Hydrants, a été produit pour la télé nationale en 1999.

Depuis, Gretchen a produit et réalisé indépendamment des documentaires et des fictions qui ont été projetées à travers le monde, remportant de nombreux prix. Elle travaille de son domicile près de la rivière Kennebecasis au Nouveau-Brunswick.

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Représentation proportionnelle et femmes – par Gretchen Kelbaugh

En tant que détentrice de la double citoyenneté, j’ai grandi fièrement sachant que le Canada et les États-Unis sont des phares de la démocratie. Après tout, nos gouvernements ont leurs racines au Royaume-Uni. Une démocratie se doit de représenter les opinions de ses citoyens; comment nos gouvernements se comparent-ils aux autres en ce qui a trait à leur représentation des femmes?

L’Union interparlementaire classe les parlements nationaux des grandes démocraties selon le pourcentage de femmes élues. Voici le classement de quelques pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) :

Inter-parliamentary Union Ranks

Lorsque j’ai demandé à des universitaires pourquoi ces trois nations se classaient si loin derrière de nombreuses autres, j’ai été choquée d’apprendre la principale raison : nous utilisons un système électoral différent de celui de presque toutes les autres grandes démocraties. La plupart utilisent une forme de scrutin proportionnel, alors que nous nous accrochons à notre système uninominal à un tour obsolète.

La direction générale des services de recherche parlementaire de l’Union européenne conclut :

Le schéma se répète à l’échelle internationale: dans le monde, sur les cinq pays ayant 30% ou plus de femmes parlementaires dans leur chambre basse ou unique (Suède, Norvège, Finlande, Danemark et Pays-Bas), trois sont dotés d’un système proportionnel, et deux d’un système mixte (aucun n’ayant un système majoritaire). Les huit pays comptant 29-25% de femmes députés dans leur chambre basse ou chambre unique (Nouvelle-Zélande, Seychelles, Autriche, Allemagne, Islande, Argentine, Mozambique et Afrique du Sud), ont tous des systèmes électoraux proportionnels ou mixtes (là encore, aucun n’applique un système majoritaire). En ce qui concerne la plus faible représentation politique des femmes, à l’échelle internationale, parmi les pays comptant 10% ou moins de femmes députées dans leur chambre basse ou chambre unique, une très forte proportion ont un système électoral majoritaire, près de 90% des pays ne comptant aucune femme parlementaire ont recours à un système majoritaire.

Dr Joanna Everitt, doyenne de la faculté des arts à l’Université du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean et professeure de science politique spécialisée en femmes et politique est maintenant chercheure invitée au programme Femmes et politiques publiques de l’Université de Harvard. Elle affirme que si le Canada adoptait un système électoral à représentation proportionnelle, alors dès les prochaines élections, le pourcentage de femmes élues grimperait d’au moins 10%.

Mais pourquoi est-ce important d’élire plus de femmes au gouvernement?

Premièrement, les attitudes diffèrent selon les genres. Des études indépendantes au Canada, Royaume-Uni et États-Unis montrent que les politiciennes (comme les femmes en général) se préoccupent plus des questions de protection sociale – la santé, l’éducation et la pauvreté – que leurs collègues masculins. Inversement, les politiciens accordent plus d’attention à l’économie, à la force militaire et aux affaires étrangères.[2] Mettez des politiciens des deux genres ensembles, et tous les thèmes seront couverts.

Il y a bien sûr plusieurs exemples de femmes et d’hommes qui ne correspondent pas à ces généralités. Les hommes et les femmes ont plus de similarités que de différences. Tout de même, une petite différence de 5% – 15% dans l’attitude des députés peut faire une grande différence dans la législation et les politiques gouvernementales.

La deuxième raison pour laquelle nous avons besoin de plus de femmes qui travaillent à construire les lois qui règlent notre société est que leur expérience diffère de celle des hommes. Encore de nos jours, ce sont les femmes qui apportent le plus de soins aux enfants et aux personnes âgées; elles accomplissent plus de la moitié des tâches ménagères (en nombre d’heures); elles ont des expériences différentes des lieux de travail (elles ont besoin de plus de congés, sont plus souvent victimes d’harcèlement, elles n’ont pas franchi le plafond de verre); elles gagnent moins d’argent; elles sont plus souvent les victimes de violences familiales ou sexuelles. Nous avons besoin du point de vue de plusieurs femmes pour développer une législation et des politiques qui répondent mieux à ces aspects de la vie. En fait, presque tout affecte les femmes différemment, des taxes et de l’équité salariale à la loi du divorce.

Troisièmement, les femmes et les hommes adoptent souvent des styles de leadership différents. Même aujourd’hui, nous associons les qualités fortes du leadership au comportement masculin typique. La très honorable Kim Campbell fait observer (dans Menocracy) que les hommes ont plus tendance à défier, à prendre des positions fortes et à favoriser une hiérarchie du pouvoir. Les femmes, auxquelles on a enseigné toute leur vie à coopérer et à négocier, ont tendance à préférer le partage du pouvoir et un leadership fondé sur le consensus, un style de leadership maintenant bien intégré au secteur des technologies de l’information. Aucun style n’est meilleur que l’autre, mais avoir une variété de styles de leadership se traduit par un meilleur gouvernement.

Finalement, parce les femmes ont tendance à négocier plus longtemps que les hommes lorsqu’il s’agit de prendre des décisions militaires, la face du monde changera lorsque la moitié de nos leaders seront des femmes. Kim Campbell l’exprime bien : « Nous n’enseignons pas aux filles à se définir comme membres de leur sexe par l’adoption de comportements sociaux de bravade et de courage physique, etc., de la manière dont nous l’enseignons aux garçons. Alors je pense que la valeur que les femmes apportent est qu’elles n’ont pas un besoin aussi fort d’être vues, elles n’ont pas le même ego dans ce sens… Elles n’ont pas besoin de démontrer un courage « gonadal », et je crois que pour cette raison, les femmes sont plus aptes à considérer toutes les options et à voir au travers de la rhétorique et de l’excitation que peut causer la possibilité de la violence. »

Pour plusieurs raisons cruciales, la société a besoin d’un nombre égal de femmes et d’hommes pour construire les règles et politiques qui nous affectent tous. Comment est-ce que la représentation proportionnelle crée des gouvernements qui reflètent mieux la société, non seulement avec plus de femmes, mais aussi avec plus de minorités?

C’est simple. La représentation proportionnelle invite naturellement les partis à offrir plus de choix à l’électorat. Ceci signifie que tous les partis majeurs vont offrir aux électeurs plus d’un candidat sur le bulletin de vote. Aussitôt qu’ils présentent plus d’un candidat, des incitatifs à offrir au public de l’équilibre et de la diversité se met en branle.

Des recherches substantielles ont été conduites pour comparer les résultats dans des pays utilisant le vote uninominal à un tour par rapport aux pays où le système de vote est proportionnel. Arend Lijphart (2012), un politologue reconnu mondialement, a consacré sa carrière à l’étude des différences entre les démocraties majoritaires et « consensuelles » (à représentation proportionnelle).

Dans son étude phare – Patterns of Democracy – Lijphart a comparé 36 démocraties pendant 29 années et a trouvé que les pays utilisant un système proportionnel élisaient 8% plus de femmes au parlement que les pays utilisant un système majoritaire. Il a affirmé que « la représentation des femmes dans les parlements et cabinets est une mesure importante de la qualité de la représentation démocratique en soi, mais peut aussi servir d’estimé indirect de la représentation des minorités en général. »

Lijphart le résume très bien lorsqu’il dit : « L’égalité politique est un objectif de base de la démocratie et le degré d’égalité politique est conséquemment un indicateur important de la qualité de la démocratie. »

Au rythme actuel, il faudra que près de 100 années passent avant que le Canada n’ait autant de femmes que d’hommes au parlement et dans les législatures. Accélérons le rythme en demandant de rejoindre le reste du monde démocratique et en adoptant un système de représentation proportionnelle afin que TOUS les votes comptent!


1. http://www.ipu.org/wmn-e/arc/classif011213.htm
2. Interviews with Dr Joanna Everitt, Dr Susan Carroll (CAWP, Rutgers, USA) and Dr Rosie Campbell (Birkbeck, UK) in Menocracy, www.menocracy.ca

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