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Elizabeth May

Elizabeth May est environnementaliste, auteure, militante, avocate et chef du Parti vert du Canada. Elle s’intéresse au mouvement environnemental depuis les années 1970. Plus

 
Rick Smith

Le Dr Rick Smith a obtenu son doctorat de l’Université de Guelph. Il a été directeur exécutif de Environmental Defence Canada pendant 10 ans, avant de devenir directeur général de l’Institut Broadbent. Plus

 
Bruno Kaufmann

Bruno Kaufmann est un politologue d’expérience, chercheur spécialisé dans les conflits et journaliste. Il détient une maîtrise en sciences sociales de l’Université de Gothenburg. Plus


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A strong majority of Canadians want to see federal government action on climate change. But thanks to our winner-take-all voting system, just 39% of the vote yields a “false majority” government which fails to reflect our priorities, and a divisive and adversarial political culture.

Meanwhile, countries with proportional systems:

  • are responsible for a shrinking share of world carbon emissions (Darcy Cohen, 2010)
  • more quickly ratified the Kyoto protocol (Darcy Cohen, 2010)
  • score six points higher on Yale University’s Environmental Performance Index, designed to supplement the environmental targets set forth in the United Nations Millennium Development Goals. The index measures ten policy areas, including environmental health, air quality, resource management, biodiversity and habitat, forestry, fisheries, agriculture and climate change. (Arend Lijphart, 2012)

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Elizabeth May est environnementaliste, auteure, militante, avocate et chef du Parti vert du Canada. Elle s’intéresse au mouvement environnemental depuis les années 1970. Elle est diplômée de la Dalhousie Law School et a été reçue au Barreau de la Nouvelle Écosse et de l’Ontario. Elle a occupé le poste de codirectrice du contentieux au Centre pour la défense de l’intérêt public avant d’être nommée conseillère principale en politiques auprès du ministre fédéral de l’Environnement, un poste qu’elle occupa de 1986 à 1988. Elle a été nommée directrice exécutive du Sierra Club du Canada en 1989, avant de démissionner en 2006 pour se présenter à la direction du Parti vert du Canada.

Elizabeth May est l’auteure de sept ouvrages, dont le plus récent, Losing Confidence: Power, Politics and the Crisis in Canadian Democracy (2009). Elle est titulaire de trois doctorats honorifiques, et la Chaire Elizabeth May a été créée en son honneur au département des études sur la santé des femmes et l’environnement de l’Université Dalhousie. Elle s’est engagée à divers titres auprès de nombreux groupes environnementaux et organismes consultatifs chargés de faire des recommandations aux universités et aux gouvernements canadiens. Parmi ces organismes, mentionnons l’Institut international du développement durable et la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie. Elizabeth May a été nommée Officier de l’Ordre du Canada en novembre 2005. En novembre 2010, le magazine Newsweek la classait parmi les femmes les plus influentes dans le monde. Elle est mère et grand-mère. Elizabeth réside aujourd’hui à Sidney, en Colombie-Britanique.

Aux élections fédérales de 2011, Elizabeth est passée à l’histoire en devenant la première candidate du Parti vert élue à la Chambre des communes. Elle représente aujourd’hui la circonscription de Saanich— Gulf Islands.

Que pensez-vous de l’état de la démocratie au Canada aujourd’hui?

La démocratie au Canada est dans un piteux état. Les symptômes du problème sont faciles à identifier : faible taux de participation aux élections, avec des taux particulièrement inquiétant chez les jeunes qui ne montrent aucun signe qu’ils commenceront à voter après 30 ans, la vitalité déficiente du quatrième pouvoir (la presse et les médias en tant que contre-pouvoir), affaiblie par la convergence alarmante des médias, l’apathie publique, l’indifférence voire l’antipathie envers le système entier, une concentration excessive du pouvoir entre quelques mains (voire dans une seule main; je réfère ici au cabinet du Premier ministre), une perte de respect pour le principe fondamental de la suprématie du Parlement, un mauvais usage des talents des députés des grands partis puisqu’on leur demande de suivre la ligne de parti sur chaque question, petite ou grande, et le contrôle excessif par les hauts fonctionnaires non-élus dans les 3 partis principaux. Nous vivons essentiellement dans une dictature qui n’a pas de compte à rendre, ponctuée d’élections.

Plusieurs Canadiens sont préoccupés par le changement climatique et par la réponse qu’y apporte notre gouvernement. Comment comparez-vous l’approche canadienne actuelle des questions environnementales à celle d’autres pays? Quel rôle jouons-nous internationalement pour faire avancer ou faire entrave au progrès sur le changement climatique?

Sous Stephen Harper, le Canada s’est dissocié de son rôle de leader en matière de climat, débuté sous Brian Mulroney, qui avait organisé la première conférence scientifique globale sur la science du climat en 1988 à Toronto, pour prendre le rôle de saboteur global. Stephen Harper a miné l’adhérence à un traité significatif pour réduire les émissions globales. Ça n’est pas dans les intérêts du Canada. Ça menace le futur de nos enfants. En 2006, quelques mois après être devenu Premier ministre, il a répudié nos cibles juridiquement contraignantes du Protocole de Kyoto et a par la suite annoncé une nouvelle cible basée sur une autre année. Le Protocole de Kyoto visait à réduire les émissions sous le niveau de 1990. En délaissant nos responsabilités face à la communauté des nations et aux futures générations, nous avons affaiblit l’architecture globale de la politique climatique. Harper a d’abord promis que nous réduirions nos émissions de 20% d’ici 2020, comme l’Union européenne. Mais l’Union européenne prenait 1990 pour référence. Harper a choisi 2006 comme année de référence et en 2009 il a réduit l’objectif à 17% sous les niveaux de 2005 d’ici 2020. Ce changement, qui était en fait un stratagème de relations publiques pour l’audience nationale, a affaiblit le traité et les standards globaux. Une des questions soulevées à la Conférence de Varsovie sur le Changement Climatique a été de trouver une manière de revenir à une seule année commune de référence, soit la situation qui prévalait avant que le Canada ne rejette le traité.

En plus de saboter le régime international, le Canada n’a pas réussi à atteindre les objectifs peu ambitieux choisis par Harper. Selon les plans actuels, il n’y a aucune chance que nous atteignions les cibles, ni même que nous nous en approchions. Pendant ce temps, dans les négociations internationales, nous obstruons et bloquons les discussions.

Cette trahison de nos principes et valeurs a ouvert la porte à d’autres pays pour se rétracter, pour prendre des années de référence autres que 1990 et a encouragé et même félicité d’autres pays pour avoir violé leur engagement. Harper a annulé le financement de la recherche en science du climat, il a annulé tous les programmes climatiques en place en 2006 et a mis l’emphase exclusivement sur l’expansion du secteur des énergies fossiles.

Pensez-vous qu’il y ait un lien entre le système électoral et la capacité du Canada de faire un progrès significatif et durable en matière d’environnement? Si il y a un lien, de quelle nature est-il? À quel point pensez-vous qu’une réforme électorale soit importante pour la démocratie et le progrès environnemental?

Notre système électoral est dysfonctionnel. Le vote uninominal à un tour est le seul système de vote qui permet à une minorité d’électeurs d’élire un gouvernement majoritaire. En conséquence, bien que 80% des Canadiens veuillent agir pour le climat, Stephen Harper, qui a qualifié le Protocole de Kyoto de « complot socialiste », n’est pas intéressé à limiter les émissions de carbone. Il a remporté une « fausse majorité » en 2011 avec 39% du vote populaire.

J’en suis venu à croire que le pire aspect du système uninominal à un tour est la création d’un climat politique toxique. Comme les partis politiques sont constamment préoccupés par la possibilité de perdre des électeurs au profit d’un autre parti aux valeurs semblables, ils mènent des attaques mesquines et hyper-partisanes afin de conserver leur soi-disant « base » – et le plus souvent conserver leurs partisans les moins convaincus afin de les empêcher de migrer vers un autre parti et prévenir l’élection d’un parti « pire ». De ce climat politique résultent les nombreux problèmes que j’ai énumérés à la question 1 ci-dessus. Nous sommes en campagne politique constante. La gouvernance est mise de côté pendant que les partis s’engagent dans ce qui s’apparente à des combats de gladiateurs jusqu’à la mort. Ce que nous devrions avoir, c’est une coopération entre les partis afin de travailler ensemble au bien commun. Cette dernière approche ne sera possible que lorsque nous aurons un système de représentation proportionnelle.

Dans le climat politique actuel, le climat qui est réellement important – celui qui soutient la biosphère – est négligé.  


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Le Dr Rick Smith a obtenu son doctorat de l’Université de Guelph. Il a été directeur exécutif de Environmental Defence Canada pendant 10 ans, avant de devenir directeur général de l’Institut Broadbent. Un fervent partisan de l ‘«économie verte», Smith est l’un des fondateurs, avec le Syndicat Des Métallos, de Blue Green Canada. Il a également joué un rôle central dans la création de l’Ontario Greenbelt Alliance, la plus grande dans le monde, et la proposition de la Loi de 2009 sur l’énergie verte et l’économie verte de l’Ontario.

REQ: Que pensez-vous de l’état de la démocratie au Canada.

Rick: les Canadiens devraient s’inquiéter. Si vous mesurez notre démocratie par la participation des électeurs – qui bien sûr continue de baisser, ou les attitudes du public concernant le processus politique, ça aura été une bien mauvaise année pour la démocratie au Canada. Rob Ford à Toronto, ou le scandale continu au Sénat fédéral, ou encore le scandale continu relatif aux centrales de gaz annulées par la province de l’Ontario … L’électeur moyen en 2013 avait à se préoccuper d’un nombre presque illimité de scandales politiques, et je pense que tout ça renforce davantage la notion dans l’esprit de beaucoup de gens que notre processus politique a besoin d’aide. Je pense que nous devons donc relancer la participation démocratique et la discussion au Canada, et c’est pour cette raison que l’Institut Broadbent a identifié le renouvellement de la démocratie comme une de nos priorités fondamentales. Tout Canadien, quel que soit sa préférence pour un parti politique, doit s’impliquer sur cette question.

REQ : Pouvez-vous me parler de quelques-unes des choses que fait l’Institut Broadbent pour renouvellement de la démocratie?

En un mot, nous sommes intéressés à contribuer de nouvelles idées importantes à notre débat politique au Canada, et à impliquer de nouvelles personnes dans ce débat. Nous le faisons de plusieurs façons différentes. Nous organisons des sessions de formation à travers le pays qui focalisent sur le développement de capacités de leadership visant à introduire de nouveaux dirigeants en politique. Nous essayons de pousser plus loin dans quelques domaines clés de politiques où nous pensons que les progressistes en particulier ont besoin de faire une réflexion plus profonde, de devenir plus éloquent – comme l’inégalité des revenus, l’économie verte, le renouveau démocratique. Si nous réussissons – nous jugerons de notre succès dans les années à venir en fonction du nombre de nouvelles personnes que nous avons attirées dans le débat politique et par si certains des défis politiques importants ont une nouvelle résonance dans le débat public.

REQ : Beaucoup de Canadiens sont préoccupés par le changement climatique et de la réponse qu’y donne notre gouvernement. Comment jugez-vous de l’approche que le Canada prend actuellement sur les questions environnementales ?

À quelques exceptions près au cours des deux dernières décennies, le Canada a été à la traîne du reste du monde dans tous les aspects de l’environnement. Que vous regardez le problème du contrôle de la pollution liée aux émissions de gaz à effet de serre, la pollution ou le smog qui causent le cancer, si vous regardez les zones protégées, la protection des ressources marines, le contrôle du respect de l’environnement par les entreprises, la surveillance des polluants toxiques dans l’organisme des Canadiens … Peu importe où vous regardez, le Canada est loin derrière le reste du monde, et les indicateurs le prouve. L’OCDE publie chaque année son classement des performances environnementales parmi ses membres et le Canada est assez régulièrement classé au dernier rang. Nous performance internationale est misérable, et franchement, je pense qu’il est juste de dire que le dernier gouvernement dans ce pays qui a vraiment pris au sérieux l’environnement était le gouvernement Mulroney, et ça c’était il y a longtemps, à tout le moins au niveau fédéral. Nous avons beaucoup de travail à faire.

Je pense qu’il est important de souligner qu’au niveau provincial, ou au niveau municipal, il y a des choses très intéressantes en cours. Gregor Robinson, par exemple, à l’origine se présentant avec pour plate-forme de faire de Vancouver la ville la plus verte de la planète, et autant que cela me fait mal comme Torontois de l’admettre, il a eu un certain succès! D’autres villes à travers le pays font des choses assez innovantes. L’Ontario a fait de grands progrès au cours des dernières années à fermer des centrales au charbon, et au niveau de l’industrie de l’énergie renouvelable. La Nouvelle-Écosse, le Québec font certaines choses… Ce n’est donc pas qu’il n’y ait pas de développements intéressants, des choses passionnantes se passe – avec leadership mondial dans certains cas – dans l’environnement au Canada, mais il n’en est tout simplement pas le cas au niveau fédéral.

À l’échelle internationale, depuis de nombreuses années, le Canada est comme assis sur un tas à ne rien faire quant au changement climatique. Plus récemment, nous sommes en fait devenus une force active négative. Que ce soit se retirer du traité des Nations Unies sur la désertification, ou d’activement essayer de contrecarrer les négociations internationales sur le climat, ou d’autres traités internationaux, nous sommes juste acharnés, paraît-il, à entraver le progrès mondial. Et c’est frustrant, car de toute évidence, la grande majorité des Canadiens veulent faire mieux sur ces questions, et croient qu’il n’y a pas nécessairement de conflit entre croissance économique et protection de l’environnement. Le fait que notre gouvernement actuel semble perpétuer ce vieux mythe selon lequel vous ne pouvez pas avoir la croissance économique si vous devenez sérieux au sujet de la protection de l’environnement au Canada ou dans le monde entier, est tout simplement contraire aux valeurs canadiennes dominantes. Enfin, je ne pense pas que la plupart des Canadiens ont réalisé à quel point nous sommes devenus un mauvais acteur international.

REQ : Pensez-vous qu’il existe un lien entre le système électoral et la capacité du Canada de faire des progrès importants et durables quant à l’environnement ?

Oui, je pense que oui. D’un côté, le fait est que l’une des différences importantes entre conservateurs et progressistes dans le monde est désormais un engagement à une économie plus verte. Il y a quelques exceptions, mais en gros, si vous regardez les pays européens, surtout si vous regardez les États-Unis, si vous regardez à l’Australie, où le prix du carbone était un des enjeux importants dans la dernière élection, il y a une importante différence entre les partis conservateurs et néo-conservatrices sur l’acceptation de la nécessité d’une économie verte, l’idée que, pour l’avenir, nous devons réduire les pollutions de toutes sortes, ainsi que de créer de nouveaux emplois de qualité, et que nous avons besoin d’un type de prospérité plus verte dans nos systèmes économiques. À un niveau très élémentaire, de nombreux conservateurs à travers la planète n’ont tout simplement pas convaincus de ça. C’est certainement le cas avec nos conservateurs au fédéral. Même au niveau le plus basique, nos conservateurs n’accordent pas la moindre priorité au contrôle de la pollution.

Au niveau fédéral, à l’évidence, notre Parti conservateur a été élu avec une minorité de voix, avec une pluralité mais pas avec une majorité des voix exprimées. Donc, à cet égard, si nous avions un système électoral différent, nous pourrions avoir une autre politique au niveau fédéral. Maintenant, je tiens à ajouter ici que ce n’est pas comme si le Parti libéral, quand il était au pouvoir dans les années 1990, ait été un leader dans le monde quand il s’agit de protection de l’environnement. Mais je pense qu’il est juste de dire que nos conservateurs au niveau fédéral, et les conservateurs à travers le monde récemment, démontrent un nouveau niveau d’hostilité au progrès de l’environnement tel que nous n’avons jamais vu auparavant. Dans la mesure où le processus politique est contrôlé par les partis politiques, le progrès en environnement est entravé.

REQ: Représentation équitable au Canada préconise la représentation proportionnelle afin que tous les votes comptent, parce que 60% des personnes ne sont pas représentées par leur gouvernement, et si vous ajoutez les conservateurs progressistes, ce nombre augmenterait. Alors seriez-vous favorable à l’idée que tous les votes comptent, et que ça aurait un impact sur ​​la politique?

Absolument. Je pense qu’un système de représentation proportionnelle mixte est le plus logique. Je pense qu’il est utile de réfléchir en tant que Canadiens sur le fait que nous comptons maintenant parmi une très petite minorité de pays dans le monde à ne pas avoir un système proportionnel. Au niveau mondial, nous avons maintenant un système électoral très rare, que de nombreux pays ont abandonné.

Je pense qu’un système de représentation proportionnelle permettrait de mieux relier les gens au processus démocratique. Un des arguments les plus convaincants que j’ai entendu à propos de la pertinence de la représentation proportionnelle au Canada, c’est que cela réduirait la balkanisation que nous voyons dans la politique canadienne. Parce que nous avons un système majoritaire uninominal à un tour, les électeurs non conservateurs dans plusieurs circonscriptions en Alberta, par exemple, n’ont pas vraiment leurs points de vue représentés au Parlement. De même, les électeurs conservateurs dans de nombreux districts urbains de l’Ontario n’ont pas leurs points de vue représentés au Parlement. Ainsi, de plus en plus, notre politique fédérale se concentre sur un petit nombre de circonscriptions qui oscillent entre les différents partis. De nombreux partis politiques – je ne veux pas dire qu’ils ignorent complètement de vastes zones du pays qui soit votent pour eux avec des super-majorités ou ne vont jamais être compétitives – mais si nous avions un système proportionnel les électeurs pourraient voir leurs points de vue représentés d’une nouvelle et intéressante façon. Je pense que cela aiderait à réduire les divisions dans notre pays, et à briser une partie de l’impasse sur certains des enjeux environnementaux importants qui s’est développée au cours des dernières années.


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Bruno Kaufmann est un politologue d’expérience, chercheur spécialisé dans les conflits et journaliste. Il détient une maîtrise en sciences sociales de l’Université de Gothenburg. En tant que journaliste, Kaufmann a travaillé pour la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) avant de se joindre à l’équipe éditoriale spéciale pour les questions de réforme internationale à Hambourg en 1998. Depuis 2000, il couvre les affaires internationales et européennes pour la SSR et est chroniqueur pour des publications telles que « Nordis », « OpenDemocracy », « ParliamentGazette » et « European Voice ». Il est présentement l’éditeur d’une plateforme de nouvelles mondiales en formation sur la citoyenneté active et la démocratie participative supportée par la SSR.

Président, Commission électorale de Falun, Suède

Président, Institut Initiative et Référendum Europe, Marburg, Allemagne

Co-président, Fondation pour la démocratie suisse, Zurich, Suisse

Co-président, Forum global pour la démocratie directe moderne, Phoenix, É.-U.

Plusieurs Canadiens sont préoccupés par le changement climatique et par la réponse qu’y apporte notre gouvernement. Comment comparez-vous l’approche canadienne actuelle des questions environnementales à celle d’autres pays?

BK: Du point de vue de l’Europe, votre pays a une très bonne image en ce qui concerne les problèmes environnementaux. Plusieurs Européens voient le Canada comme le plus ”européen” des pays d’Amérique du Nord, où les questions environnementales sont traitées de manière moins brutale que chez vos voisins, les É-U. Cependant, comme nous le constatons, votre gouvernement actuel se retrouve derrière l’administration américaine actuelle lorsqu’il s’agit de gérer des défis environnementaux communs, en servant des intérêts d’affaires pourvus d’une vision étroite et à court terme. C’est vraiment dommage et c’est un aspect à changer, en effet.

Quel rôle jouons-nous internationalement pour faire avancer ou faire entrave au progrès sur le changement climatique?

BK: Encore une fois, en surface, le Canada est vu comme notre partenaire le plus ”amical” en Amérique du Nord, comparé à la super-puissance américaine. Et encore une fois, le gouvernement actuel se soustrait à ses responsabilités en ne donnant pas suite aux traités internationaux et en ne prenant pas le leadership lorsqu’il s’agit de faire de notre monde un endroit meilleur, plus sécuritaire et plus sain pour les milliards de personnes qui y vivent. Ce sont les mêmes principes – les intérêts d’affaires à vision étroite et à court-terme – qui guident le Canada, tant pour les actions internationales que domestiques. Un changement serait des plus bienvenus.

Plusieurs Canadiens pourraient souhaiter élire en 2015 un gouvernement avec une meilleure plateforme électorale en ce qui a trait aux questions environnementales. Est-ce suffisant pour mettre en place un nouveau gouvernement avec notre système de vote uninominal à un tour?

BK: Le modèle de gouvernance majoritaire directe de Westminster, une invention britannique, a longtemps été considéré comme un système démocratique modèle. Il permettait de créer un certain drame politique et offrait un sentiment de transparence au sein des cadres post-monarchiques et des États-nations. Mais aujourd’hui, cette forme limitée de ”dictature élue” a définitivement atteint sa date de péremption alors que le monde est devenu un endroit plus complexe et interdépendant, où les chaînes de représentation ne peuvent plus être court-circuitées par une minorité unie qui gouverne des majorités souvent divisées. Une démocratie robuste et mature demande plus de contrôle et d’équilibre que ce qu’un vote uninominal à un tour peut offrir.

Pensez-vous qu’il y ait une connection entre les systèmes électoraux, les dynamiques qu’ils créent et la capacité qu’un pays a de progresser de manière significative et durable sur les questions environnementales? Si c’est le cas, selon vous, quelle est la nature de la connection?

BK: Lorsqu’on traite de questions environnementales, il ne s’agit pas simplement de s’entendre sur les problèmes, mais de proposer des solutions communes à long terme et pour les générations futures. Une perspective à si long terme demande plus qu’un gouvernement qui ne pense qu’à se faire ré-élire; elle demande une société où les citoyens s’impliquent sérieusement comme participants souverains et où tous les électeurs ne sont pas simplement dénombrés le jour des élections mais aussi entendus entre les élections. Une société ainsi démocratisée doit être basée sur une démocratie moderne représentative qui combine la protection de l’individu qui a la délégation du pouvoir et la participation des citoyens dans l’élaboration des programmes et la prise de décision. Selon mon expérience, les sociétés où les citoyens sont encouragés, outillés et soutenus pour prendre l’avant-scène politique sur une base quotidienne sont les sociétés où les politiques environnementales durables sont poursuivies plus efficacement par rapport aux pays où la démocratie représentative est limitée à des formes indirecte de participation.

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